Hôtel de ville
24 cloches - 6.369 kg
Carillon manuel + ritournelles automatiques

cambraiCambrai paraît avoir été une cité d'élection pour les carillons : lorsqu'au nom du district un sieur Doize fit, le 5 novembre 1791, l'inventaire des clochers paroissiaux, il ne nota pas moins de six carillons sur cette liste officielle. Le moins important possédant 9 cloches (à Saint-Sépulcre) et le plus riche 34 (à Saint-Géry). Rien ne subsista de ce patrimoine malgré l'offre faite le 5 août 1795 par un sieur Ladin, ancien carillonneur de la vieille église, de restaurer gratuitement le carillon de l'hôtel de ville en le complétant au moyen des cloches de l'église Saint-Géry qu'on venait de transporter à Douai pour la fonte.. Cette offre était d'autant plus touchante que Ladin n'était autre que l'ancien carillonneur de la vieille église mais les temps étaient trop pénibles pour qu'on pût s'intéresser à sauver ces pauvres épaves. De style classique, l'Hôtel de Ville de Cambrai a été édifié en 1786 sur la place Aristide Briand, reconstruite en grande partie après la première guerre mondiale. Il est surmonté d'un campanile à colonnes encadré par deux jaquemarts, petits personnages de métal qui frappent les heures avec un marteau sur la cloche d'une horloge.

La maison Lepaute installe dans ce campanile, en 1839, la première horloge-carillon, remplacée en juillet 1928 par celle que nous connaissons. C'est en 1928, lors de la restauration qui fit suite aux dommages de la première guerre mondiale, que la ville installe dans le campanile de l'Hôtel de Ville un nouveau carillon fondu à Annecy-le-Vieux par Louis & Joseph Paccard. Disposé sur un beffroi métallique à trois niveaux situé à l'intérieur des colonnes, le carillon est relié au clavier situé à la hauteur du cadran de l'horloge. Les petites cloches sont disposées sur la face antérieure du beffroi de manière à être bien audibles depuis la grand place. La plus grosse cloche (ré3) se trouve au centre de l'ensemble campanaire, à disposition pour être tintée toutes les heures par les automates du jacquemard. Martin et Martine sont sans doute les plus vieux bourgeois de Cambrai puisqu'ils l'habitent depuis le début du XVIe siècle. En 1511, les échevins de Cambrai faisaient ouvrir une souscription en vue de placer en haut de l'Hôtel de Ville une horloge ainsi qu'une cloche destinées à donner l'heure aux habitants. Une somme suffisante fut vite recueillie : la cloche fut fondue en juin et l'horloge commandée à un Douaisien, Arnould Lefebvre, fut placée en décembre. A l'origine, la sonnerie n'était pas automatique : pour taper l'heure sur la cloche, on paya un homme, Bégard, qui, armé d'un marteau, frappait le nombre de coups correspondant aux divers moments de la journée. Bégard était-il paresseux ou inexact ? Se déplût-il en sa situation (si élevée pourtant) ? On l'ignore. Toujours est-il que les échevins décidèrent de remplacer le sonneur de chair par deux sonneurs de bronze "qui ne craindraient ni la pluie, ni le vent, ni le vertige, feraient leur besogne avec une régularité mathématique et se montreraient fort peu exigeants sous le rapport des gages". Ces serviteurs modèles, tels qu'on n'en trouve plus aujourd'hui, furent Martin et Martine. Leur créateur Pierre Van Pulaere, sculpteur originaire de Malines et établi à Cambrai, se fit aider de son fils Félix. Le charpentier de la ville alla leur choisir, dans le bois de Vaucelles, deux gros troncs de hêtre pour y tailler le modèle des deux futurs sonneurs ; dans ces billes, ils sculptèrent les personnages que l'on reproduisit ensuite en métal. Martin et cambrai2Martine furent fondus par Anselot Bridel, à l'Hôtel de Ville même, dans une fosse creusée tout exprès sous le hall. Six cents livres de métal et " fin estain ", qu'on était allé acheter à Arras, Bergues et Anvers, furent employées à cette opération. Puis deux autres Cambraisiens, Constantin et Habonde, furent chargés successivement de peindre les deux personnages. A la fin d'octobre 1512, nos deux personnages étaient hissés au faîte de l'Hôtel de Ville et pour la première fois donnaient aux cambraisiens ébahis, le traditionnel coup de marteau. Ils étaient à peu près tels que nous les avons connus. Le sculpteur en avait fait des Maures probablement à cause du goût du temps pour les choses d'Orient. La couleur de leurs vêtements seule a varié : les régimes se sont succédé et, suivant le moment, leur tunique fut parsemée de fleurs de lys royalistes ou d'abeilles napoléoniennes. Elle porte aujourd'hui l'aigle des armes de la ville. Martin porte un turban avec croissant et plumeau ; à sa ceinture pend un cimeterre. Martine s'est coquettement parée d'une paire énorme ce boucles d'oreilles de forme ovoïde.

Les guerres, les sièges, les destructions ou reconstructions de l'Hôtel de Ville ne pourront avoir raison de ces jacquemarts (classés au titre des monuments historiques en 1926) qui attendent patiemment pour se mettre en branle que le carillon tinte leur mélodie fétiche " Nous sommes tous les enfants de Martin & Martine ".