Beffroi de l'hôtel de ville
inscrit par l'UNESCO au Patrimoine mondial de l'humanité le 15 juillet 2005
62 cloches - 18.000 kg
carillon manuel - ritournelles automatiques

En 1380, alors que sonnent déjà pour eux les prémisses de l'ère bourguignonne, les riches Douaisiens entreprennent la construction d'un nouveau beffroi, contigu à la Halle administrative et marchande qui datait déjà de 1205, avec des matériaux provenant du château de Cantin, de divers hôtels particuliers et des carrières de Lewarde ou de Bugnicourt. Ce beffroi possède déjà un carillon en 1471 lorsqu'il est ravagé par un incendie qui fait fondre les cloches. Mais le gros-œuvre de la tour a tenu bon et l'ensemble est aussitôt restauré et couronné par la flèche aux multiples clochetons qui témoignent aujourd'hui encore de l'opulence que connaissait alors Douai. Quatre cloches sont refondues : "La Bancloque" (5500 kg), "Le Timbre" (3000 kg), "La Disnée" (2500 kg) et la cloche "Des Echevins". Dès 1391, il est attesté que Jehan de Lourdel dit " des Bacquez " pratique à Douai le " battelage " sur des sonneries harmonisées. Cette fonction de "batteler" ainsi les "appiaulx", consistait le plus souvent à sonner en volée l'une des cloches, généralement la plus grosse, tandis qu'avec l’aide de maillets de bois appelés " clipotiaux ", un sonneur jouait une mélodie en frappant sur les autres cloches. Cela exigeait souplesse et agilité. Ce travail était confié dans les églises au sacristain ou au clerc paroissial ayant des connaissances en musique et qui pouvait cumuler cet emploi avec celui d’organiste et de maître de chantres. Il existe curieusement peu d'information sur les cloches qui composaient le carillon avant sa destruction par les allemands en 1917.
Tout au plus sait-on que les bourdons avaient été fondus par un certain Moer au XVe siècle et que les quelques petites cloches aujourd'hui décoratives, "en montre" au sommet du beffroi, viennent de chez Farnier à Robécourt (Vosges)... La plupart de autres cloches sont enlevées par les Allemands au cours de la Grande guerre. De nouvelles cloches sont refondues en 1924 par Wauthy, fondeur douaisien ; mais ces dernières ne satisferont pas. Aussi la municipalité décide, en 1953, de rénover totalement l'instrument et, les cloches sont refondues et, en juin 1954, Alfred Paccard installe 47 cloches nouvelles complétées par le bourdon "Joyeuse" et la "Disnée" qui ont simplement été réaccordés. Agrandi en 1974 par Pierre Paccard, il possède aujourd'hui 62 cloches qui le placent au premier plan européen. "Capitale française du carillon" Douai s’est toujours révélée, en matière d’Art Campanaire, comme une ville d’initiative. Belle preuve de volontarisme culturel : elle est la seule commune de France à rémunérer un carillonneur (et professeur de carillon) à plein temps. Maître-Carillonneur municipal de 1965 à 1999, Jacques Lannoy créa à Douai une classe de carillon aujourd'hui intégrée au Conservatoire national de Région, la seule de ce rang en France. Il est également à l'origine de la création en 1981 du premier carillon ambulant français.
Ce beffroi symbolise l'histoire de la cité et de ses libertés communales.
Il est le point de ralliement de tous les Douaisiens et fit écrire, à Victor Hugo de passage à Douai en 1834 : "II y a là le plus joli beffroi que j'aie encore vu. Figure-toi une tour gothique coiffée d'un toit d'ardoise, qui se compose d'une multi-tude de petites fenêtres coniques superpo-sées ; sur chaque fenêtre une girouette, aux quatre coins, une tourelle ; sur la pointe du beffroi, un lion qui tourne avec un drapeau entre les pattes ; et de tout cet ensemble si amusant, si fou, si vivant, il sort un caril-lon. Dans chaque petite lucarne, on voit se démener une petite cloche qui fait rage comme une langue dans une gueule. J'ai dessiné cette tour, et quand je regarde mon dessin, il me semble encore entendre ce joyeux carillon qui s'en échappait comme la vapeur naturelle de cet amas de clochetons ".